
08 février 2023
VERS LA FIN de Bruno Ruiz (chanson)
Elle s’en va sa tête avec ses souvenirs
Des dates qui s’entêtent à rejoindre l’oubli
Elle s’en va roulant sur sa dernière chaise
Les mains un peu tremblantes d’un étrange malaise
Elle s’en va pleurant d’un mal indéfini
De l’hiver au printemps, des jours sans ne rien dire
Elle ne comprend plus rien dans cette nuit trop longue
Et du soir au matin, elle ne voit plus grand monde
Ça sent le chou braisé, l’urine et l’eau d’Cologne
Ça sent la vie usée, la mort à sa besogne
Ça sent l’éternité qui n’a pas commencé
L’enfance retrouvée aussitôt oubliée
Les couloirs sont déserts, il n’y a plus de route
Plus de tricot à faire, plus rien à La Redoute
Elle n’a plus envie de jouer aux mots fléchés
Et les nécrologies n’ont même plus d’intérêt
Mais quel est donc cet homme assis dans la photo ?
Il n’est plus qu’un fantôme parti un peu trop tôt
Que reste-t-il d’hier ? Plus rien qui ne l’étonne
Son muscle sous la chair, la mémoire en automne
Ses yeux sont dans les arbres, dans le ciel des avions
Des herbes sur le marbre, des fleurs sur le balcon
Même les petits-enfants sont nés dans un autre âge
Etrangers au présent, elle vit dans les nuages
C’est à toi que je dis ces mots qui me font peur
Cet éternel écrit appel des profondeurs
Choisirais-je jamais mon ultime décor ?
Est-il un temps compté où l’on n’a plus d’remords ?
Quand les larmes rejoignent nos puits d’indifférence
Quand le monde s’éloigne vers notre déchéance
De drôles de miroirs effacent un peu nos pas
Mais je persiste à croire que tout est ici-bas
On n’est jamais un autre, vieillir nous exagère
On n’est que la récolte de ce que l’on espère
Pour que notre bonheur à jamais ne s’évente
Je veux, quand viendra l’heure, que tu me désinventes
(Bruno Ruiz)
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