
10 mars 2025
UNE DOUBLE PROVOCATION DANS LA MANIF DES FEMMES DU HUIT MARS
Quand Paris éternue, Bruxelles se mouche. Après la présence de groupes « féministes » d’extrême-droite dans les manifs des femmes à Paris, nous en avons eu une « répliqueke » à Bruxelles. Des militantes du MR, portant des pancartes aux slogans parfois ambigus, ont été exclues de la manif des femmes le 8 mars. Or non seulement la politique antisociale du MR est profondément anti-féministe, mais une des manifestantes incriminées portait un T-shirt transphobe. Trois éclairages ci-dessous sur cet événement (C.S.) (photo Bruno Ponchon)
UNE PROVOCATION par Bruno Ponchon (sur Facebook)
On était à dix mètres de là. On a pu observer leur technique. Ils se sont faufilés pour se grouper au milieu du rassemblement et ont seulement sorti leurs pancartes quand ils formaient un groupe assez compact. Au début, on pensait à un canular, ce sigle «MR» à côté de slogans dénotant complètement par leur minimalisme très consensuel (féminicides et femmes afghanes, dans une pareille manifestation, ça ressemble plutôt à un détournement d’enjeux très très malsain vu la gravité des thématiques instrumentalisées…. De même, cette pancarte sur l’IVG assez ambiguë…).
Et puis, quand tout le monde a compris, le rejet fut spontané et collectif. Verbal. Mais ils restaient, et certains y allaient de doigts d’honneur bien appuyés à l’égard de la foule.
De la pure provoc dans une manifestation joyeuse où il y avait très peu de politiques. Ils étaient là pour l’incident. Je n’ai pas vu l’eau leur valser sur la tronche, si ça a été le cas, ce n’était pas utile, mais y a pas vraiment scandale.
Ces bleus, leur chef de file qui se croit tout permis sans la moindre contestation en interne, les fidèles qui se permettent de plus en plus de choses avec une arrogance vulgaire, cette mainmise sur les exécutifs avec un allié au mieux docile, au pire complice, cela ne devrait que dégoûter et révolter… il faut aussi s’en inquiéter.
Bruno Ponchau (sur Facebook)
PLUTÔT QUE DE CRIER AU SCANDALE… par Ariane Dierickx Petit (sur Facebook)
Je suis de celles qui se réjouissent chaque fois que les femmes parviennent à dépasser leur appartenance politique pour porter haut et fort des revendications en matière de droits des femmes. J’ai donc toujours été très à l’aise de marcher aux côtés d’amies féministes d’un autre bord politique que le mien.
Hier, des femmes portant les couleurs du MR ont été poussées hors des rangs de la manif du 8 mars. De ce que j’ai entendu, il n’y a pas à proprement parler eu de violences, mais plus des interpellations questionnant leur présence aux couleurs d’un parti qui aujourd’hui va être responsable d’un réel backlash en matière de droits des femmes. Depuis les très nombreuses années que je marche le 8 mars ou le 25 novembre, je n’ai pas souvenir avoir jamais assisté à ce type de rejet. Plutôt que de crier au scandale et au fait que ces réactions seraient non démocratiques, j’invite les femmes du MR qui étaient présentes hier, si réellement elles sont féministes et soucieuses du sort de toutes les femmes dont les plus précaires, à réfléchir profondément à ce qui se cachait hier derrière la colère de celles et ceux qui les ont poussées hors des rangs. Il y a là un message important, non pas du rejet de femmes de tendances différentes, mais d’une limite à ne pas franchir en matière de cohérence entre les combats. Je ne pense pas qu’hier ce sont des femmes de droite qui aient été poussées dehors. Ce sont les panneaux aux couleurs d’un parti qui se fait aujourd’hui complice d’attaques épouvantables en matière de droits des femmes et de personnes précaires.
Ariane Dierickx Petit (sur Facebook)
TRANSPHOBIE SUR UN T-SHIRT par Merlin Gevers (sur Facebook)
Une des deux membres du MR prises à partie par la foule ce samedi lors de la manifestation du 8 mars – et dont des vidéos montrent qu’elles sont en partie à l’origine d’agressions physiques envers des manifestantes – portait un t-shirt sur lequel était écrit en grand un slogan apologie de la transphobie.
En remontant ses réseaux sociaux, cet activisme transphobe a été produit bien en amont de la manif, et le jour même. Sa militance ce jour-là ÉTAIT de venir balancer des slogans transphobes à la figure d’un mouvement féministe. Nemesis en Belgique (je ne partage pas ces messages parce que je ne partage pas la haine).
On ne parle plus uniquement de provocation ici. On parle de violation de la loi anti-discrimination entre les femmes et les hommes de 2007, laquelle depuis 2013, DOUZE ANS maintenant, à l’initiative de Annemie Turtelboom (libérale flamande) et Joëlle Milquet (cdH/Engagée), et d’ailleurs à l’époque votée par le MR, protège aussi l’identité et l’expression de genre.
Or à titre de militante MR, cette personne est tenue au respect de quelques fondamentaux, dont les engagements du cordon sanitaire. La Charte de la démocratie que son président de parti a signée en 2022 appelle à faire observer en particulier le respect de la loi anti-discrimination entre les femmes et les hommes, et promouvoir ses valeurs par tous ses membres et en particulier, ses militants. Quand cette personne sera-t-elle recadrée, ou expulsée, du MR ?
Pour ceux qui se demanderaient en quoi c’est grave : quand on est militante ou (ex-) mandataire on n’est pas simple citoyenne. On a le devoir d’être exemplaire sur les quelques valeurs qui font le socle fondamental d’une société ; par exemple : respecter toute personne dans son identité. Or ici ça a des impacts très concrets sur la vie de ces personnes. Solitude, stress minoritaire, anxiété, dépression, automutilation : voilà ce que la transphobie générale de la société génère chez les personnes qui ne se reconnaissent pas dans le genre qu’on leur a assigné à la naissance.
La non acceptation de leur identité par leur famille, leur école, leurs proches pousse de nombreuses personnes trans dans la marginalité. Les soins médicaux inadéquats nourris par cette même transphobie les éloignent de structures médicales, hospitalières ou psychologiques. La proportion de personnes en souffrance mentale est environ six fois plus élevée chez les personnes transgenres (42,9 %) que dans le reste de la population (7,1 %). Plus de 56 % des jeunes transgenres ont eu des idées suicidaires au cours de leur vie et 31 % ont fait au moins une tentative de suicide.
Respecter les personnes trans, ce n’est pas juste de la décence, c’est un enjeu VITAL pour elleux. Alors quand ici en plus, une personne vient avec un message haineux narguer les personnes trans au milieu d’une manifestation féministe qui est l’une de celles qui doit leur permettre d’exprimer qui elles sont et d’exprimer leur droit au respect…
Chaque année, en Belgique et partout dans le monde, la transphobie tue.
Merlin Gevers sur Facebook
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