UN CADASTRE DES MISÈRES par Bernadette Schaeck

Le gouvernement des riches veut établir un cadastre des « fortunes » … des pauvres.
L’Arizona veut plafonner les aides sociales, et pour cela en établir un « cadastre ».
C’est-à-dire répertorier toutes les aides, les additionner, et une fois que le plafond sera atteint, ajuster ” les allocations », donc les bloquer ou les diminuer.
Jusqu’à présent il s’agit essentiellement du revenu d’intégration (RI), mais attention, si on laisse passer pour le RI, les autres allocations risquent d’être aussi concernées, à plus ou moins court terme. On ne sait pas encore exactement quelles aides sociales seront contenues dans le “paquet”. Ca pourrait être le tarif social énergie, le coût réduit des crèches, l’abonnement STIB gratuit, les aides énergie du CPAS, les cartes médicales, les aides complémentaires du CPAS, voire les colis alimentaires ? … Bouchez a sûrement encore d’autres bonnes idées.
Dans la DH du 15 février, il indique que “Par exemple, si vous avez déjà accès à beaucoup d’aides en nature, vous recevrez moins de cash”.
Des aides en nature, mon salaud, en principe il n’y en a pas. C’est l’Arizona qui veut pouvoir transformer une partie de l’aide sociale en aide en nature. A moins qu’il entende par « aides en nature » des colis alimentaires, par exemple ?
Ou les allocations familiales, puisque dans la DH du 1er mars, il se demande s’il est bien normal que des parents perçoivent des allocations pour 4, 5 ou 6 enfants. L’Arizona veut aussi que les CPAS aient accès aux données du PPC Point de contact central des comptes et contrats financiers (PCC) de tous les usagers. Cadastre des aides sociales avec plafonnement, cadastre des « fortunes » des pauvres, mais toujours l’évasion fiscale (légale ou illégale) et aucun cadastre des vraies fortunes.
Les “épaules les plus larges” peuvent dormir tranquilles. C’est sur les infiniment plus nombreuses épaules les plus étroites que les économies seront réalisées.

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Taux d’emploi à 80% : un fétiche à détruire. Métiers en pénurie : une fumisterie. Fétiche : objet auquel on attribue un pouvoir magique et bénéfique.
Omniprésent dans les discours et programmes politiques des 20 dernières années – et c’est le cas dans l’accord de gouvernement Arizona et dans la DPR (Déclaration de politique régionale) adoptée par le nouveau gouvernement wallon : le taux d’emploi.
Le relever toujours plus haut serait porteur de toutes les vertus : augmenter la prospérité, diminuer le taux de chômage, sauver la sécurité sociale, lutter contre la pauvreté… La barre est actuellement fixée (tout-à-fait arbitrairement) à 80% à atteindre en 2030. Le taux d’emploi ne tient pas compte de la qualité de l’emploi : temps partiel, durée déterminée, travail occasionnel, intérim, flexi jobs… : précarité à tous les étages, ou CDI (contrats à durée indéterminée) à temps plein et correctement rémunérés, c’est comptabilisé de la même manière.
Le taux d’emploi peut augmenter en même temps que le taux de chômage.
Le taux d’emploi comptabilise les emplois pour lesquels il n’y a pas ou peu de cotisations dites patronales à la sécurité sociale, et qui sont donc loin d’assurer la sauvegarde de la sécurité sociale.
Quant à augmenter la prospérité, ce n’est pas de celle des travailleurs dont il est question, l’augmentation du taux d’emploi à tout prix entraînant l’augmentation du nombre des « travailleurs pauvres ».
La notion de taux d’emploi se marie bien avec celle de métiers en pénurie (ou fonctions critiques, selon la gravité estimée de la pénurie), elle aussi omniprésente dans les discours politiques. La liste des métiers dits en pénurie ne cesse de s’allonger. Celle publiée par le Forem début juillet 2024 en répertorie 162. La liste ne cesse aussi de changer (celle de juillet comporte 43 nouveaux métiers sur 162, et 39 de la liste précédente ne s’y trouvent plus).
On y trouve de tout : médecins (merci au numerus clausus !), enseignants (tout semble être mis en place par les futurs gouvernements pour résoudre la pénurie !), ou régleurs d’équipement de transformation des plastiques et caoutchoucs (3 offres d’emploi actuellement sur le site du Forem, dont deux en Wallonie et une en Flandre !).
La notion même de pénurie est définie arbitrairement en fonction d’un certain nombre de critères (nombre de postes inoccupés, durée d’inoccupation…) qui peuvent varier d’année en année.

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Le gouvernement Arizona et le gouvernement wallon ont décidé d’obliger les chômeurs et les bénéficiaires du RI (Revenu d’Insertion) à suivre une formation et/ou accepter un emploi dans ces métiers en pénurie, sous peine de sanctions ou d’exclusion. L’objectif de relever le taux d’emploi et de pourvoir les métiers en pénurie ne sert qu’à une chose : taper sur le clou des chômeurs et assistés fainéants/profiteurs, et les obliger à accepter des emplois dans des conditions de travail et de salaire dégradées.
La CLCD (Cellule Lutte contre les Discriminations) de la FGTB a publié en 2022 une analyse fouillée de 2639 offres d’emploi dans 14 fonctions critiques ou en pénurie. L’étude montre que ce sont les employeurs eux-mêmes qui créent la pénurie, en ayant des exigences démesurées (années d’expérience, permis de conduire, disposer d’un véhicule, réunir les conditions pour bénéficier des aides à l’embauche, avoir une formation ou des certifications supérieures au niveau requis…) et en offrant des conditions de travail au rabais.
Exemple : offres d’emploi d’aide-ménagère.
Permis de conduire exigé (64%) ou souhaité (13%) = 77%
Véhicule exigé (46%) ou souhaité (20%) = 66%
Expérience exigée (28%) ou souhaitée (24%) = 52%
Tout ça pour avoir au mieux un CDD Contrat à durée déterminée (73%), en intérim (25%), à temps partiel (47%) ou à horaire variable (34%), l’offre n’indiquant la plupart du temps pas le montant du salaire (70%).

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Après 55 heures d’auditions : qui se soucie d’eux ? Suite au reportage de la VRT sur le CPAS d’Anderlecht, la Commission des affaires sociales a procédé à 55 heures d’auditions, dont 5 à huis clos.
On ne compte pas le nombre de pages parues dans les journaux, ni le nombre d’heures de “débats” dans les différents médias
Les oublié.e.s de tout ce ramdam ?
Les usagers qui ne parviennent toujours pas à obtenir leurs droits, qui restent pendant de longs mois sans aucun revenu.
Mais ceux-là, les premiers directement concernés, c’est comme s’ils n’existaient pas.

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Juges, (parfois) je vous aime très très fort ! Non seulement quand votre jugement du Tribunal du travail accorde le revenu d’intégration à une étudiante à qui le CPAS l’avait refusé
Mais aussi quand vous terminez par ces mots :
Que la demanderesse sache que le Tribunal a confiance en ses capacités, et la félicite pour l’ambitieux projet dans lequel elle s’investit en dédiant sa vie professionnelle à aider les autres”.
Waouh ! Ca n’a l’air de rien, mais c’est beaucoup…

Bernadette Schaeck de l’Association de Défense des Allocataires Sociaux

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