TRUMP, LE DEALER EN CHEF par Rudy Demotte (sur Facebook)

Trump, dealer en chef d’un capitalisme brutal drogué au profit. Une logique prédatrice devenue planétaire.
Les évènements récents m’ont amené à relire l’ouvrage remarquable d’Arnaud Orain, Le monde confisqué : Essai sur le capitalisme de la finitude (XVIᵉ-XXIᵉ siècle).
Ce livre décrit avec lucidité comment le capitalisme moderne génère des monstres politiques et économiques capables de piétiner les droits humains, détruire les écosystèmes et ébranler jusqu’à la démocratie elle-même.
Ce capitalisme-là ne connaît plus aucune limite. Il n’éprouve même plus le besoin de se donner bonne conscience. Il confisque, il accapare, il dévore. Il est littéralement drogué au profit. Face à lui, une élite toujours plus gourmande et cynique ne prend même plus la peine de déguiser ses abus sous un discours de progrès ou de prospérité partagée.
Chaque fois que ce système atteint ses limites naturelles, la même pulsion prédatrice resurgit. Colonisation, pillage, exploitation des richesses naturelles. Jadis, c’était en Amérique, en Afrique ou en Asie. Aujourd’hui, c’est partout. On arrache les matières premières, l’énergie, on s’empare du numérique. Le but ? Tout prendre, tout contrôler, sans se soucier des conséquences.

Du rêve libéral au capitalisme sauvage

À l’époque des Lumières, le libéralisme économique, incarné notamment par Adam Smith, envisageait l’intérêt individuel comme une force capable de bénéficier au bien commun, encadrée par des limites morales et des régulations claires. Mais les années 80 ont marqué un tournant décisif.
L’arrivée du néolibéralisme, porté par Margaret Thatcher au Royaume-Uni et Ronald Reagan aux États-Unis, a tout bousculé. La nature brutale du capitalisme des débuts est revenue en surface. Sans foi ni loi. Déréguler, privatiser, démanteler les lois antitrust, supprimer les contraintes sur les marchés financiers… Le marché devenait alors intouchable, sacralisé. Ce n’était plus une simple évolution mais un bond en avant vers le capitalisme brutal que nous connaissons aujourd’hui. Ce capitalisme actuel ne cache même plus sa violence. Il est exempt de tout idéal humaniste. Sa brutalité n’est pas un accident, elle est sa méthode même. L’exploitation n’est pas un dysfonctionnement, c’est son clairement objectif premier.

Trump, le grand marchand du profit sans scrupules

Personne n’incarne mieux cette logique prédatrice que Donald Trump, véritable « dealer en chef » de ce capitalisme sans limite. Un capitalisme rendant dépendant à la drogue du profit. Plus on en a, plus on en veut. Les oligarques ultrariches en sont des fournisseurs. Trump, lui, fixe les règles d’un jeu où le seul et unique but est non seulement ce profit, mais le profit immédiat, quelles qu’en soient les conséquences humaines, sociales ou écologiques.
Regardons l’Ukraine. Ce pays meurtri, devenu champ de ruines, constitue pour Trump une parfaite opportunité d’affaires. Il y négocie cyniquement des droits d’exploitation sur les terres rares, en échange d’une aide financière dont les bénéfices iront avant tout aux intérêts économiques américains.
Peu importe que la population ukrainienne soit à genoux ; l’essentiel est d’en tirer le maximum avant que le sang ne sèche.
Même raisonnement au Groenland. Là où les scientifiques voient une catastrophe climatique, Trump perçoit une mine d’or à ciel ouvert. La fonte des glaces ? Une opportunité exceptionnelle d’accéder à des ressources jusque-là protégées. La souveraineté danoise est-elle un obstacle ? Qu’à cela ne tienne, elle sera ignorée ou piétinée.
Quant au canal de Panama, Trump y joue une autre carte : la sécurité nationale. Un coup de maître dans l’art du cynisme. En réalité, ce n’est qu’un prétexte pour contrer la Chine et affirmer son propre empire commercial.
Trump est ainsi le visage d’un capitalisme sans morale, qui transforme la planète en terrain de chasse, qui réduit chaque pays, chaque territoire à une simple opportunité de transaction. Et tant pis si tout s’effondre autour, tant que ça rapporte.

Un jeu cruel où tout le monde perd sauf le vainqueur

Ce capitalisme ne génère plus aucune richesse partagée. C’est un jeu cruel, un jeu à somme nulle, où chaque victoire s’obtient sur le dos des autres, par la destruction, l’humiliation et la dépossession. Ce système ne se contente pas de mépriser l’être humain, il s’en nourrit. Il en fait une simple ressource à exploiter, une matière première à épuiser jusqu’au dernier souffle. Le profit remplace toute éthique, la cupidité devient l’unique repère.

De la prédation économique au spectre de la guerre

Mais il y a pire encore. Derrière la brutalité économique surgit un autre danger, celui de la guerre. Car contrairement à ses déclarations hypocrites sur la paix, Trump prépare activement les conditions d’un conflit mondial.
Sa logique prédatrice exacerbe les tensions entre grandes puissances, brise les cadres de coopération internationale et encourage une dangereuse course aux armements.
Quand il prétend vouloir la paix, il pense en réalité à la guerre. Le vocabulaire qu’il emploie, ses alliances calculées au détriment de pays tiers, ses provocations répétées contre la Chine ou son rapprochement avec Moscou pour contrer Pékin révèlent une stratégie d’affrontement permanent. On le voit en Ukraine, au Moyen-Orient : chaque crise devient sous Trump une occasion d’attiser les conflits. Sa paix proclamée est une illusion digne de la « novlangue » d’Orwell : derrière ce mot se cache en réalité une logique guerrière, un chaos contrôlé qui sert ses intérêts économiques.

Il est urgent de réagir et de refuser ce jeu destructeur

Nous ne pouvons plus attendre. Ce capitalisme drogué au profit menace directement la justice sociale, la dignité humaine et l’avenir même de notre planète. Il est devenu incontrôlable.
Cette bataille concerne chacun d’entre nous : militants de la justice sociale, défenseurs de l’environnement, humanistes, mais aussi entrepreneurs engagés pour une économie responsable. Tous ceux qui croient encore que l’économie peut servir le progrès humain plutôt que le détruire ont leur rôle à jouer.
Ne rien faire, c’est accepter que ce capitalisme brutal dévore tout ce qu’il reste d’humain dans notre société. Ne rien faire, c’est se résigner à la barbarie économique et sociale comme nouvelle norme. Chacun peut agir à son échelle. Petits gestes, décisions individuelles, engagements collectifs : toutes ces actions comptent, car l’urgence que nous affrontons n’est pas seulement économique, elle est profondément morale.

Rudy Demotte (sur Facebook)

(photo Ted Eytan)

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