UN LIT POUR DEUX RÉVEILS par Bernadette Schaeck

Un lit de deux personnes et un réveil de chaque côté “. Lu dans un rapport “social” comme un des éléments à charge pour prouver une cohabitation…
Au nom de la priorité à la lutte contre la fraude sociale (des pauvres) décidée par l’Arizona, des pratiques déjà existantes dans trop de CPAS risquent de devenir la norme.
Quand un usager est soupçonné d’office d’être un fraudeur en puissance, ça donne ceci, jusqu’à l’absurde, mais est lourd de conséquences :
• Un solde bancaire illisible sur l’extrait de compte : considéré comme une fraude, alors qu’il s’agissait d’une défaillance de l’imprimante.
• Retrait d’une petite somme (20 €) en Suisse : elle est soupçonnée de détenir un compte bancaire en Suisse. Or, elle effectuait un voyage en France, avec escale en Suisse, voyage offert pas sa famille. Elle a dû se défendre âprement.
• Changement d’appartement, elle est passée du 2ème étage au rez-de-chaussée : elle avait oublié de le signaler. Considéré comme fraude, et de magouille voire de cohabitation avec le propriétaire.
• Soupçons de mariage au Ghana : elle a dû justifier un voyage au Ghana, dans les mille détails. L’AS (assistant social) avait compris – et écrit – qu’elle s’était mariée au Ghana. Or, elle y est allée pour rencontrer quelqu’un qu’elle avait connu par Facebook, et qu’elle n’a nullement épousé. Le CPAS exigeait qu’elle fournisse une attestation de non-mariage, ce que ne fait pas le Ghana. Ca avait duré des plombes, et il a fallu passer par un recours au Tribunal du travail (gagné).
• Soupçon de vie commune parce que le père des enfants entre chez elle sans sonner : 2 AS en embuscade (si !) devant la maison, constatent que l’ex compagnon de Mme, père de l’enfant commun, entre chez elle sans sonner. Or, il avait prévenu Mme par téléphone de son arrivée dans le cadre de la garde de l’enfant à la demande pendant les vacances scolaires.
• Soupçon de cohabitation en raison de vêtements masculins dans un sac en plastique : ces vêtements de seconde main étaient destinés à être envoyés à la famille au Cameroun. Elle a dû le prouver.
• Soupçon de cohabitation en raison de présence de produits de toilette masculins : or, elle achète ces produits parce qu’ils sont moins chers et qu’elle les préfère aux « féminins ».
• Soupçon de cohabitation à cause, entre autres, de la présence de chaussures masculines : le CPAS s’est fait reprendre de volée par le Juge (oui, il a fallu un recours au Tribunal du travail !) indiquant qu’elle a un ado à sa charge dont la pointure correspond à celle des chaussures suspectes.
• Suspicion de ressources non déclarées : elle doit fournir une attestation selon laquelle son compagnon ne bénéficie d’aucune allocation accordée par l’État espagnol où il a résidé avant de venir en Belgique. Il est impossible de fournir pareille preuve.
• Suspicion de revenus non déclarés : le CPAS exige une attestation comme quoi son compagnon, sans-papiers, n’a pas de revenus en Algérie. Ils sont envoyés tous les deux à l’ambassade qui, évidemment, ne fournit pas ce genre de document.
• Soupçon de travail au noir : en raison de la présence d’une machine à coudre chez une personne ayant une formation en couture.
• Soupçon de vie commune : l’AS voit un vêtement qu’elle estime masculin. Elle l’enfile pour lui prouver que ça correspond bien à sa morphologie !
En fait, dans la logique de priorité à la lutte contre le dite fraude sociale, il n’y a aucune limite. Il n’y en aura aucune avec l’Arizona si on les laisse faire.
Il ne faudra pas les laisser faire !

Bernadette Schaeck de l’Association de Défense des Allocataires Sociaux

NB. Cachez votre deuxième réveil avant la visite du CPAS…

Photo Anastasiya Vragova

Pas de commentaires

Poster un commentaire